Hikayat
Chroniques contemporaines



Aéroport de Pékin

Je suis à l’aéroport de Pékin. Je vais à Wuhan. Mon avion décolle dans 3 heures.

Je viens d’aspirer un bol de nouilles avec la soupe et les tranches de bœuf pleines de gras. Ainsi que des algues. Les haut-parleurs pleurent une version piano bourrée de notes de Greensleeves. Les violons pleurent aussi. La sempiternelle « vie en rose » donnant lieu à d’interminables arrangements mielleux. Le docteur Jivago aux milles arpèges. La mélodie est ponctuée de bips et de sonneries de téléphones. De temps en temps un chinois se lève, en hurlant dans son téléphone portable.

Les cafés de l’aéroport : Les petites serveuses profitent de ta somnolence pour t’interpeller en te demandant directement combien tu es (1 people ?). Elles t’accompagnent directement à une table. Moi je regarde les bas de murs, je cherche une table avec une prise. La serveuse ne met pas longtemps à comprendre et hurle « ok ! ok ! » en te poussant dans un coin sombre du restaurant. Tu t’enfonces dans un fauteuil couvert de velours. Le fauteuil est bas et la table est haute. Les deux sont lourds.


Le poids du mobilier combiné à :

- la sensation pâteuse de toi-même
- le doigt de la petite serveuse qui te montre des photos de viande, de frites, de sauces en criant « what do you like ? »
- la liste des cafés qui commence par : « Irish coffee, Bailey’s coffee, cointreau coffee, blue mountain »

Tout ça fait que tu ne peux plus bouger. Tu es fin prêt pour être détroussé ! Cherchant une alternative au faux espresso à 40 RMB, je commande des noodles … 60 RMB !! A Wuhan, on mange à 7 pour ce prix ! Je vois les serveuses et je me demande d’où elles viennent. Ont-elles un pourcentage sur ce qu’elles vendent ? Impossible de leur donner un pourboire, elles te suivent en courant pour te le rendre.

A travers la vitre, je vois l’auvent de l’aéroport, structure tubulaire célébrant le triomphe du logiciel sur le cerveau humain. Même les diagonales de contreventement sont courbes.

E.L. - aéroport de Pékin, le 06/03/2007


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