Hikayat
Chroniques contemporaines

Le café asymptotique


Une tasse de café contient une quantité de liquide qui dépend du fait qu’on soit en Italie, en Hollande ou aux Etats-Unis. On passe la commande, on boit le contenu, on paie et on s’en va.

Le café « asymptotique » est plus compliqué.

On ne finit jamais la tasse. Au début le café est liquide, il est bu normalement. Au fur et à mesure, les gorgées se chargent en particules. Le café devient de plus en plus sableux et difficile à boire. On arrête de boire en fonction de sa propre sensibilité aux particules.

La tasse n’est donc jamais vide. Il reste toujours un fond plus ou moins sableux. On croit avoir atteint la limite, mais les particules continuent de se déposer, et le café liquide émerge de nouveau du sable. La fin dépend donc de la patience de chacun.

Et le temps intervient sur lui-même : son écoulement n’est plus linéaire puisque plus on reste, plus on peut encore rester.

Ce café asymptotique n’existe qu’en orient. En occident on définit et on découpe. En orient on estompe. On ne veut pas dire que c’est fini. Au moment de se séparer les grecs disent « Tha poume » : on va parler.

E.L. - Agnada, le 10/08/2009


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