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Hikayat
Chroniques contemporaines |
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Ingénieurs - Dictateurs
Les ingénieurs revendiquent une connaissance scientifique, c’est-à-dire en principe indiscutable. Cela leur donne un pouvoir particulier, car ce qu’ils disent ne peut être mis en doute. Or, en général, ils commettent des erreurs. Premièrement, l'erreur est à la source du métier d'ingénieur, qui est un praticien de la science. L'ingénieur applique à une realité complexe des modèles simplistes faciles à manipuler. Un bon ingénieur sait qu'il est dans l'erreur et dans quelle proportion. Mais tous les ingénieurs ne sont pas bons, ils oublient que leur travail est de minimiser l'erreur. Ils se trompent dans les calculs et dans l'interprétation des normes qu'ils emploient. Ils montrent des résultats indiscutables tirés de logiciels, mais se trompent dans l’utilisation de ces logiciels. Mon expérience me prouve que les mauvais ingénieurs sont les plus nombreux. Le monde évolue vers plus de complexité et plus de spécialisation. Il me semble que c'est un choix : Si nous considérons que le monde doit absolument progresser (la nature humaine le veut), et que le progrès s'accomplit dans la technique, alors oui, il vaut mieux se spécialiser. La concurrence l'impose tot ou tard. Si on pense plutot que le progres c'est rendre le plus grand nombre libre de penser et capable d'agir sur son environnement, il faut tout dé-spécialiser, afin que l'environnement soit à la portée du plus grand nombre. Combien de fois refuse-t'on d'exprimer une opinion faute d'être spécialiste ? Que ce soit en droit, en politique, en économie, en architecture, ... Comment, dans ce cas, la démocratie est-elle possible ? |
Les ingénieurs sont responsables de cette course à la spécialisation. Quand on pose une question à un spécialiste, il ne répond pas immédiatement. Il doit faire une étude, et bien souvent sa réponse n'est compréhensible que par un autre spécialiste. Nos constructions sont toutes des tours de Babel, sans que la langue n'aie changé. Avant, les ingénieurs étaient cantonnés à la mécanique. Aujourd'hui, ils sont dans l'urbanisme, l'économie, la finance, l'assurance (donc le droit et la loi), la communication (donc la politique). Grâce à eux, le monde est de mieux en mieux organisé pour que chacun s'épanouisse à sa place. Il peut s'entourer de spécialistes quand il doit prendre une décision hors de son champ de compétences. Le monde devient parfaitement modulaire. Mais ce n'est pas vraiment ce qu'on voulait, non ? L’ingénieur est devenu le canal de la nécessité. Pourquoi dans un pays de dictature ou d’ignorance, l’ingénieur a t’il plus de pouvoir que l’architecte ? Car l’opposition à l’ingénieur c’est la liberté de penser. Liberté de penser et de prendre des risques car la société offre une protection : l’assurance. En France on a le droit de se tromper. On est couvert (même trop). On est donc encouragé à oser et à prendre des risques. En Chine, au Maroc, on ne l’est pas. En France l’architecte est un décideur, l’ingénieur un instrument. La France regorge de technicité. Du coup la technique perd de la valeur. Au contraire, l’architecte représente le choix, la pensée. Le politique. Le débat est entre la technique et la politique. L’ingénieur ne devrait pas être le représentant de la nécessité (comme le notaire), mais plutôt un libre penseur, créatif, qui a appris à utiliser certains outils, et qui est capable de les mettre au service de la société. Cela suppose qu’il connaisse son métier et explique ce qu’il fait. La compagnie d’un ingénieur devrait être rassurante, reposante. Il devrait être une plateforme à partir de laquelle les choses peuvent décoller vers l’expérience et l’inconnu. Retour aux Ingénieurs |
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