Hikayat
Chroniques contemporaines




Shanghai

De retour dans cette ville qui s’offre comme un panier de JiaoZi, fumant, vaporeux, brumeux, chaud et humide. Trop chaud mais pressé de la dévorer on se brûle la gueule. Le jus brûlant coule dans la bouche dès la première morsure.

Le son de la cloche du Bund domine la grande marmite. Caricature de Big Ben, joyeuse et impertinente, comme cette Chine que le monde découvre depuis peu. L’odeur de pneu bouilli dans l’ascenseur me rappelle que je suis revenu dans cet hôtel où nous avons sorti les plans d’exécution. Il fait chaud et le jour se lève depuis quelques heures. Je sors de la réception surclimatisée. Je n’ai pas vraiment dormi. La foule déferle dans les rues. Ca roule dans tous les sens. Les chinois peuvent manger de tout, "everything, except people", m'a dit un ingénieur. J’ai bu du café en poudre. J’ai encore la tête pleine du bruit de ventilateur de mon portable que je n’ai pas voulu éteindre, craignant de ne pas m’endormir et d’avoir à le rallumer. Je marche le long du trottoir jusqu’au bureau, où je vais boire un autre café.



Je finis la journée au Fest Beer, un papier et un crayon comme éternel alibi. Je profite tout seul, je dessine, je calcule, je bois et j’attends la bouffe. Pour finir, je pleure de joie sous l’action conjuguée de la bière, des épices et de la joie d'être la. Dans mon émotion je jure respect et fidélité à ce peuple extraordinaire.

V., lui, n’était pas venu pour explorer la Chine !

« C’est dingue comme ils conduisent ! Il doit y avoir des morts tous les jours ici. En F.. en Europe, on respecte les feux au moins. Qu’est ce qu’ils transportent ? Ils ont sans arrêt des trucs à trimbaler d’un endroit à l’autre. » Dès qu’il est entré dans l’avion Air France, il s’est jeté sur l’hotesse. La première personne qui parlait français à part moi depuis 3 semaines. Après il s’est jeté sur mon camembert !

E.L. - Shanghai 2003

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